L’aliénation parentale: une situation à éviter à tout prix

Bien qu’un divorce est toujours un procès déplaisant, la majorité de couples réussissent à l’affronter avec la sérénité nécessaire pour en minimiser le plus possible les effets négatifs. Malheureusement, dans certains cas, les parties se livrent dans une lutte qui peut avoir des conséquences néfastes pour elles-mêmes et surtout pour leurs enfants. L’un des phénomènes les plus pernicieux qui peut se donner est celui de l’aliénation parentale.

La psychologue Francine Cyr1 définit l’aliénation parentale comme une alliance pathologique entre un parent coléreux et son enfant contre l’autre parent. En effet, lors de la dispute de la garde des enfants, les parents se plongent dans un litige soutenu et haineux qui peut amener l’enfant à vivre de graves conflits d’allégeance. Il s’agit d’un mécanisme de défense de l’enfant qui le mène à s’aligner avec l’un des parents au détriment de l’autre pour se mettre temporairement à l’abri de la souffrance psychologique.

L’aliénation parentale n’est pas toujours facile à établir. D’abord, il faut la distinguer d’autres formes d’éloignement explicables, ainsi que d’autres situations non problématiques comme la réaction normale de colère qu’un enfant peut avoir envers un des parents, à la suite de leur séparation. Pour qu’on puisse parler d’aliénation parentale, il doit être possible de repérer trois éléments2, à savoir, un parent aliénant qui effectue une campagne de dénigrement contre l’autre parent, un enfant participant qui devient allié de la campagne de dénigrement, et un parent aliéné qui n’a pas eu une conduite telle pour justifier la répudiation de la part de l’enfant. De même, il faut être attentif aux symptômes chez l’enfant, tels que le déficit d’attention, qui pourraient nous indiquer qu’on est en présence d’un cas d’aliénation parentale.

D’après l’honorable juge Anne-Marie Trahan3, l’aliénation parentale est une situation grave qui prive l’enfant de l’un de ses parents alors qu’il a besoin de l’apport des deux parents pour s’épanouir et atteindre son plein développement. Les parents sont tellement obnubilés par leur conflit que les décisions qu’ils prennent ignorent complètement l’intérêt de leur enfant. À ce stade-là, les parents ne remplissent plus leur rôle de parent. Il est donc important que tous les acteurs intervenant dans un procès de divorce (le juge, les avocats et l’expert) travaillent ensemble. Les décisions prises par ces acteurs doivent s’en tenir scrupuleusement la portée universelle de l’article 33 du Code civil:

«Les décisions concernant l’enfant doivent être prises dans son intérêt et dans le respect de ses droits.

Sont pris en considération, outre les besoins moraux, intellectuels, affectifs et physiques de l’enfant, son âge, sa santé, son caractère, son milieu familial et les autres aspects de sa situation.»

En ce qui concerne les avocats, leur rôle devient primordial, car ils sont les médiateurs entre la partie qu’ils représentent et le juge. Leur mission est celle de travailler en équipe avec le juge et de montrer à la partie qu’ils représentent que ce qui compte vraiment c’est l’intérêt et le bien-être de leurs enfants.

1 Francine Cyr, «L’aliénation parentale : comment la définir, la détecter et intervenir?», dans Développements récents en droit familial, Barreau du Québec, 2010.

2 Louis Baribeau, «Aliénation parentale. Le rôle délicat de l’avocat», dans Journal du Barreau, Vol. 35, n° 11, 15 juin 2003.

3 Anne-Marie Trahan, «L’éloignement ou l’aliénation : conséquence d’un déficit de parentalité?», dans Développements récents en droit familial, 2010.

Cette entrée a été publiée dans Divorce. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>